samedi 29 décembre 2012

Le Voyage insolite (émission du 17 décembre)


Sympathies for the devil / Thomas Day


Sympathies for the devil est le premier recueil de nouvelles de l’auteur français Thomas Day, qui avait été publié une première fois en 2004 aux éditions du Bélial'. Pour ma part, c’est ma première incursion dans l’œuvre de l’écrivain, qui a fait paraître une quinzaine d’ouvrages. À noter le penchant discutable de Thomas Day pour les titres de romans qui s’inspirent, comme celui du recueil, de chansons anglophones, telles que Stairways to hell (Led Zeppelin), This is not America (David Bowie) ou encore de titres de films (Women in chains). Cela dit, en dehors de la dernière nouvelle du recueil, la musique ne m’a pas semblé d’une importance capitale dans le livre. Mais passons sur ce détail, pour nous concentrer sur les six nouvelles au sommaire qui dépeignent toutes des mondes apocalyptiques.

Dans « Une forêt de cendre », l’auteur nous présente un récit de fin du monde à saveur médiévale. Nous y trouvons le Duc du Dragonshire, un homme cruel, qui n’hésite jamais à tuer des familles entières et à se décorer des membres d’enfants qu’il a tués. Jusqu’à ce que la reine lui demande de l’aider, par l’entremise d’Écho, une jeune femme qui demeure dans une étonnante maison close... Avec ce texte, Thomas Day nous propose un récit avec un certain souffle, dans lequel l’horreur est intégrée avec habileté.

Cependant, « À l’heure du loup », plus originale, m’a davantage plu. Dans cette nouvelle, nous suivons un homme-arbre, « Dernier Frêne », et deux jeunes filles, Anne et Lise, dont les parents viennent de mourir. Dans ce monde presque éteint, les étoiles meurent en même temps que les habitants de cette terre décimée, où rôdent les loups... Sans contredit mon coup de cœur du recueil, « À l’heure du loup » est un texte à la sensibilité certaine, empreint d’une belle nostalgie.

Le ton est tout autre dans « L’erreur », qui décrit une société dirigée par « Big Mama », et dans laquelle l’horreur fait partie du quotidien. Un peu longue, avec une finale légèrement tape-à-l’œil, ce texte m’a un peu moins convaincue, tout comme « La mécanique des profondeurs », malgré ses jolies descriptions aquatiques dépeintes par Nausicaa (en référence à un personnage de L'Odyssée que rencontrera Ulysse), une sorte de sirène moderne qui vit dans les Pays-Bas submergés par les eaux.

« La notion de génocide nécessaire », qui se trame en Mongolie, est également l’un de mes textes favoris du recueil, avec son aspect exotique bien rendu. Nous y suivons Kashoggi, envoyé par l’ONU auprès des nomades pour les sédentariser, tel que le souhaitent les Archontes, des extra-terrestres. Mais c’est ici l’histoire d’amour entre Kashoggi et Cinderella qui est à l’avant-plan, particulièrement émouvante. 

Je passe rapidement sur « Démon aux yeux de lumière », la nouvelle qui m’a le moins plu du recueil, et qui met en scène Loki, un démon cruel, farceur et lubrique qui s’est épris d’une mortelle. En plus, c’est ce texte qui est illustré sur la couverture, qui nous présente un dragon et une muraille, donnant l’impression, à tort, que nous avons un livre de pure fantasy entre les mains (alors que l’imaginaire de Thomas Day est beaucoup plus vaste). 

Bref, si vous avez envie de découvrir l’univers du romancier, Sympathies for the devil me semble une porte d’entrée sympathique. Et pourquoi ne pas en profiter pour le découvrir en 2013 ?

lundi 24 décembre 2012

2012 en 10 billets


Je profite de ce billet pour vous souhaiter de très belles vacances de Noël ainsi qu'une année 2013 mémorable! Je tiens aussi à remercier ceux qui visitent régulièrement Interférences. Même si je ne suis pas une blogeuse très assidue (je publie en moyenne 4 ou 5 billets par mois), c'est toujours un plaisir d'échanger avec vous!
Pour la fin d'année, j'ai pensé vous présenter un top 10 des moments les plus marquants de l'année 2012 dont j'ai parlé sur ce blogue. Alors, après réflexion, voici le résultat de mes tergiversations, dans le désordre :














Au plaisir de vous revoir en 2013!



jeudi 13 décembre 2012

Le Voyage insolite (émission du 10 décembre)


Loco / Joël Houssin


Ring est un nouvel éditeur français qui se spécialise entre autres en science-fiction et qui vient de rééditer un roman de Joël Houssin, précédemment intitulé Locomotive rictus. Paru en 1975, ce livre était le tout premier de l’auteur, qu’il a passablement réécrit pour l’occasion. Vous connaissez peut-être Joël Houssin, qui a surtout fait parler de lui avec sa série de romans policiers du Dobermann. Pour ma part, j’affectionne particulièrement les deux romans qu’il a publiés dans la collection Gore du Fleuve noir, L’autoroute du massacre et L’écho des suppliciés, l'un des titres les plus sanglants de la collection. J’espérais donc retrouver cet aspect dans Loco, qui est à mi-chemin entre les romans gores et les récits post-apocalyptiques, avec une influence certaine de la littérature d’avant-garde.

Nous suivons plusieurs personnages au fil des pages de Loco, la plupart du temps un chapitre ou deux, compte tenu qu’ils trouveront en général la mort en de cruelles circonstances. Car la vie est difficile pour les contaminés, qui vivent par milliards de l’autre côté des barricades du Peuple sain, qui nient leur existence dans leurs édifices aseptisés. Autour d’eux gravite aussi une milice mi-saine mi-contaminée, qui veille à empêcher les miasmes d’entrer dans les Cités protégées. Mais plusieurs des Sains s’ennuient, et l’un de leurs divertissements est l’émission de Kiss Apok, qui prétend donner la parole au sauveur de l’humanité, Thanatos. Thanatos n’est pourtant encore qu’un fœtus, qui grandit dans le ventre de sa mère violée par son propre frère. Kiss Apok, protagoniste antipathique, aidé par de puissantes drogues, converse donc avec cet enfant des plus inquiétants, qui semble effectivement avoir des plans pour l’humanité. Mais, au fur et à mesure que les spirites perdent leurs dons et que les barricades s’affaiblissent, la prophétie annoncée par Thanatos prendra une toute autre forme...

Avec Loco, dont le titre ne renvoie qu’à un train qui passe à une unique reprise dans le livre, Joël Houssin nous propose un roman foisonnant, à la narration éclatée et un peu expérimentale. L’aspect qui m’a le plus convaincue est le côté horrifique du livre, qui m’a agréablement rappelé ses romans publiés dans la collection Gore, ou encore la série « Apocalypse » de Média 1000, qui proposait aussi du gore post-apocalyptique. Donc, si vous avez envie d’un récit du genre, je ne peux que vous recommander Loco, qui vous fera vivre une plongée terrifiante dans l’esprit de Thanatos. En attendant la fin du monde... 


jeudi 6 décembre 2012

Le Voyage insolite (émission du 3 décembre)


Regarde-moi / Natasha Beaulieu

Regarde-moi est le cinquième roman de Natasha Beaulieu, qui a signé jusqu’ici la trilogie fantastique « Les cités intérieures », ainsi que l’excellent roman noir Le deuxième gant. J’aime beaucoup les univers de cette écrivaine, qui fraient avec l’érotisme, par l’entremise de personnages urbains, aux mœurs « déviantes ». Regarde-moi s’inscrit dans cette continuité, même si l’érotisme est ici au premier plan (en fait, c’est le moteur du récit), contrairement aux autres écrits de l’auteure, qui le traitaient de manière plus « périphérique ». Donc, si vous n’aimez pas les romans érotiques, cet opus de Natasha Beaulieu risque de vous déplaire. Mais pour ma part, j’étais bien entendu ravie par ce choix audacieux et rafraichissant. J’espère donc qu’Alire continuera de publier des romans de ce genre, qui allient sexe et gothisme.

Le récit s’articule autour de quatre personnages, Héléna, Adam, John et Rachel, dont les prénoms sont inscrits au début de chacune des sections. Pour éviter la monotonie, l’auteure a eu la bonne idée de placer les sections consacrées à chacun d’entre eux dans le désordre, selon un plan que l’on devine réfléchi. Le choix d’un tel procédé narratif met forcément les personnages au premier plan, personnages que le lecteur apprend à connaître avec beaucoup de plaisir. Il y a d’abord les deux protagonistes les plus flamboyants, chacun à leur manière, Héléna et John. La première, musicienne férue d’électronique, fraie avec le sado-masochisme, tandis que le second est présenté comme un tueur à gages qui obéit à des règles originales, qu’il s’est lui-même fixées. Les deux autres personnages, Adam et Rachel, sont un peu plus « sages » : Adam est danseur nu dans un club, tandis que Rachel a une relation quasi fusionnelle avec sa vieille Lincoln, sur les sièges de laquelle elle aime s'ébattre (le spectre de Crash plane d’ailleurs sur l’ensemble du livre). 

Ces quatre personnages seront bien entendu amenés à se rencontrer, par le biais de John, qui doit tuer quelqu’un à la soirée d’ouverture d’un club à laquelle ils sont tous conviés. Ce suspense est d’ailleurs au centre du récit, donnant envie de tourner les pages à mesure que les scènes érotiques entre les différents protagonistes s’enchaînent. Car, comme je l’ai mentionné plus tôt, l’érotisme est ici généreux et détaillé, au cœur de l’histoire et perçu comme fondamental par tous les personnages. En ce sens, la relation amoureuse entre Héléna et Adam peut sembler un peu légère (davantage basée sur le SM que les sentiments), tandis que celle de Rachel et de John, plus tordue, m’a davantage convaincue. Mais Regarde-moi est sans contredit un très bon roman, à la fois original et osé, porté par une plume juste, qui décrit avec brio la mécanique des corps.

vendredi 23 novembre 2012

Souvenirs épars du Salon du livre de Montréal


La semaine dernière se tenait le Salon du livre de Montréal, que je fréquente depuis des années. D'abord, j'y allais comme lectrice, mais ces dernières années, la revue Solaris m'a invitée à quelques reprises - à mon grand plaisir - à sa traditionnelle séance de dédicaces du samedi soir. Et puis, l'an dernier, j'y étais aussi au kiosque de XYZ, pour L'enfant sans visage. Cette édition 2012 était encore plus spéciale, puisque j'étais également présente pour mon premier roman, au kiosque de Marchand de feuilles. Mais le Salon du livre, c'est avant tout des rencontres, avec auteurs, lecteurs, éditeurs... Chaque fois, je ressors inspirée par la vitalité et la passion de tous ces intervenants du milieu littéraire québécois, qui donnent envie de continuer de partager les histoires qui nous habitent. Je ne nommerai pas tous ceux que j'ai croisés, les quelques amis auteurs que je n'ai malheureusement pas eu le temps de visiter à leur kiosque ni les titres des livres que j'ai achetés (assez nombreux... je n'ai pour excuse que mon rabais d'auteur !), mais me contenterai de laisser ces quelques images parler à ma place. En remerciant les photographes, qui m'ont généreusement permis de publier leurs images ici, compte tenu du fonctionnement erratique de mon appareil (je sais quoi demander pour Noël !).

Philippe-Aubert Côté, Jonathan Reynolds et moi, à la séance de signatures de la revue Solaris (kiosque d'Alire), samedi soir. (Photo de Natasha Beaulieu)

L'adorable Natasha Beaulieu, dont je me suis procuré le dernier roman Regarde-moi, que j'ai très hâte de lire !

 
 Moment poétique avec Jonathan. (Photo de Natasha Beaulieu)

 
Au kiosque de Marchand de feuilles, en compagnie de la lumineuse Michèle Plomer et du sympathique Richard Migneault, auteur du blogue Polar, noir et blanc.

Voilà qui donne hâte aux prochains salons du livre, n'est-ce pas ?

vendredi 16 novembre 2012

Le Voyage insolite (émission du 12 novembre)


Les départs exemplaires / Gabrielle Wittkop

À l’occasion des dix ans du décès de Gabrielle Wittkop, les éditions Verticales ont décidé de rééditer Les départs exemplaires, un des recueils de nouvelles de l’auteure, qui comprenait à l’origine trois textes. Cette édition est cependant bonifiée de deux nouvelles inédites, soit « Les derniers secrets de Mr. T. », qui ouvre le recueil et « Claude et Hippolyte », qui le referme. Comme j’aime beaucoup Gabrielle Wittkop, dont j’ai lu presque l’intégrale des écrits, je ne voulais pas rater cette rare occasion de découvrir de nouveaux textes de cette écrivaine, à l’univers macabre et à la plume ciselée.

Vous connaissez peut-être Le nécrophile, roman le plus célèbre de cette romancière excentrique, voire La marchande d’enfants, l’un de ses titres les plus subversifs. Les départs exemplaires ne s’inscrit pas tout à fait dans la même veine, même si l’on retrouve dans le recueil le caractère audacieux et irrévérencieux de l’écrivaine, ici distillé plus finement.

Dans la nouvelle d’ouverture, « Les derniers secrets de Mr. T. », nous avons affaire à une disparition énigmatique, comme c’est le cas dans chacun des textes du recueil. Mr. T. disparaîtra en effet dans la jungle, sans laisser de traces, comme s’il avait été avalé par les arbres. Mais qui était vraiment Mr. T ? Qu’est-ce qui a pu le pousser à disparaître ainsi ? Cette nouvelle, inquiétante, avec un certain souffle, donne le ton au recueil, préparant habilement le terrain pour le second texte, à mon avis le plus réussi du livre.

Dans « Idalia sur la tour », Wittkop rend compte avec une acuité impressionnante du sort d’Idalia, jeune femme en vacances qui se retrouve coincée dans les ruines d’une vieille tour. Incapable de communiquer avec l’extérieur, elle verra avec effroi les heures passer, à mesure que les recherches pour la retrouver restent vaines. Bijou d’horreur psychologique,  « Idalia sur la tour » est une vraie réussite et montre le talent de l’écrivaine à son meilleur.

Je ne m’attarde pas sur « Les nuits de Baltimore », texte à mon avis le plus falot du recueil, plutôt anecdotique. Il en va autrement de « Une descente », qui nous présente les revers de Seymour M. Kenneth, homme sans grande volonté, qui passera de la tyrannie de sa mère à celle d’Emily, propriétaire d’un magasin de chaussures. Après avoir été chassé par cette femme, il se retrouvera sans abri, à errer dans les étages souterrains de la ville (d'ailleurs fort habilement décrits), où il rencontrera d’autres malheureux fauchés par le sort.

Le recueil se termine sur une note agréable avec une nouvelle typiquement wittkopienne, « Claude et Hippolyte », dans laquelle deux jumeaux hermaphrodites identiques s’aiment d’un amour à la fois fusionnel et hédoniste. Mais leur double identité finira par jeter des soupçons sur leur honnêteté, surtout qu’un détail infime permet de les distinguer...

Bref, Les départs exemplaires est un recueil à la mesure du talent de la romancière, qui saura certainement plaire à ceux qui apprécient ses univers empoisonnés. Pour la découvrir, cependant, j’aurais tendance à recommander Le Nécrophile ou La marchande d’enfants, avant de se plonger dans ce recueil, qui est un incontournable complément pour ceux qui apprécient la prose vénéneuse de Wittkop.

dimanche 11 novembre 2012

Le Voyage insolite (émission du 5 novembre)


Solaris no 184, automne 2012

La revue Solaris vient de faire paraître un numéro spécial consacré à Isaac Asimov, à l’honneur cette année au festival Québec en toutes lettres. Il s’agit d’un hommage particulièrement étoffé, puisque la majorité du numéro regroupe des nouvelles et des articles sur l’auteur. La section rédactionnelle, avec ses critiques de livres, se retrouve cette fois-ci dans le volet en ligne. C'est donc une initiative à saluer, notamment par le sommaire alléchant de ce numéro, qui propose des nouvelles et des hommages d’Alain Bergeron, Philippe-Aubert Côté, Michel Lamontagne, Nando Michaud, Hugues Morin, Francine Pelletier, Mario Tessier et Jean-Louis Trudel.

Le robot est à l’honneur dans la plupart des nouvelles, qui s’intéressent à l’un des thèmes fétiches d’Asimov. Néanmoins, même si j’aurais apprécié un peu plus de variété thématique, les auteurs font montre d’originalité dans le traitement de la robotique. 

Je retiens particulièrement « Dans les bras de Murphy », de Nando Michaud, l’une des réussites de ce numéro. Dans ce texte grinçant, au rythme soutenu, le narrateur revient d’un long exil au service de Krypto Corp, une entreprise minière. Mais une succession d’événements lui feront s’apercevoir que les choses ont particulièrement évolué en son absence...

J'ai aussi apprécié « La race des seigneurs », de Jean-Louis Trudel, qui s’articule autour de Lynas Marois, un journaliste d’enquête. Après avoir fait une découverte étonnante, au sujet d’une famille impliquée dans le domaine bancaire depuis des décennies, Lynas fera la rencontre imprévue d’Amalia Baker. Cette nouvelle au suspense réussi fait montre d’une connaissance certaine d'Asimov, tout en confirmant le talent de nouvelliste de Jean-Louis Trudel, gagnant du prix Solaris de l’an dernier.

Quelques mots également sur « Le fantôme dans le mécha », de Philippe-Aubert Côté, qui propose une variation originale et surprenante sur le thème des robots. Dans ce texte soigneusement écrit, avec une grande précision dans le style (malgré un tantinet trop d’adjectifs), l’auteur nous présente Néolème, Rhupan et Théo, des robots unis par de solides liens amicaux. Mais ils devront réfléchir sur la nature des liens qui les unissent à mesure qu’ils feront certaines découvertes...

Bref, ce numéro de Solaris, avec son sommaire des plus solides, est un incontournable pour les amateurs de science-fiction québécoise de qualité, a fortiori pour les fans d’Asimov, qui y trouveront leur compte sans le moindre doute. Et pour ceux qui hésitent encore à se procurer Solaris, je vous rappelle l’adresse de leur site, si vous avez envie d'aller fouiner de ce côté : revue-solaris.com.



Alibis no44, automne 2012

Pour l’automne 2012, la revue Alibis nous propose un numéro « noir » avec pas moins de six nouvelles au sommaire, trois articles et les habituelles critiques littéraires. Les fictions sont pour la plupart signées par des auteurs bien connus des abonnés : Véronique Bessens (gagnante du prix Alibis 2012), Jacques Côté (auteur entre autres de la série « Les cahiers noirs de l’aliéniste »), André Jacques (auteur de quelques nouvelles publiées dans Alibis), Peters Sellers (auteur et anthologiste de renom) et Richard Sainte-Marie (gagnant du prix Alibis 2010 et auteur du très réussi L’Inaveu). Nouvelle venue, Julie Racine se joint à eux, par le biais d’un défi lancé par Zone d’écriture de Radio-Canada, dont l’un des prix était la publication dans Alibis. Il en résulte un texte relativement anodin, qui semble un peu improvisé, avec un début prometteur qui tient plus ou moins ses promesses. Mais penchons-nous plutôt sur les réussites de ce numéro, plus particulièrement sur mes trois nouvelles favorites.
Dans « Petite suite Hämmerli », Richard Sainte-Marie met en scène l’un de ses personnages fétiches. Le style est ici savoureux, de même que les protagonistes, particulièrement travaillés (une mention pour le gros Luce). L’intrigue, un peu plus en retrait, est néanmoins intéressante, habilement scindée par des mouvements musicaux.

Véronique Bessens, dans « Précautions d’isolement », renoue avec les thématiques glauques qui semblent constituer sa marque de commerce (du moins, si je me fie à sa nouvelle publiée dans le précédent numéro d'Alibis). Il en résulte un texte dur, qui nous présente une accompagnatrice d’aveugles qui a poussé dans l’escalier roulant l’homme dont elle avait la charge. Quels sont les véritables motifs de son crime ? Immorale et délicieuse, cette nouvelle nous offre une plongée audacieuse dans l’univers sordide de la protagoniste.

Je retiens aussi « Le nécrologiste », d’André Jacques, un récit à l’humour noir et au rythme particulièrement réussi. L’histoire s’articule autour de Jean-Philippe Camiré, médecin légiste en visite à Lyon pour un congrès. Il y fera la rencontre d’un collectionneur des plus singuliers, qui s’intéresse de près aux descendants des familles d’aristocrates russes. Mais sa ferveur prendra d’étonnantes proportions, à mesure qu’il décrit à Jean-Philippe l’ampleur de sa collection... Un récit à la fois surprenant et amusant, qui reste longtemps en mémoire.

Trois articles aussi intéressants que variés (sur Alfred Hitchcock, la traduction et Jean Féron) complètent cette livraison des plus emballantes d’Alibis. Un numéro noir à souhait, avec des fictions presque toutes solides et une section critique passionnante. Alors, si vous ne connaissez pas Alibis, voilà l’occasion idéale de la découvrir !



jeudi 8 novembre 2012

Bientôt, le Salon du livre de Montréal...


... et pendant que j'élabore la liste interminable des auteurs que je compte rencontrer, j'ai pensé poster ici les détails de mes séances de dédicaces. N'hésitez pas à venir discuter, ça me fera plaisir !


Samedi le 17 novembre de 18h à 19h, au stand 315
Pour "L'envers du labyrinthe", nouvelle parue dans le numéro 182 de la revue Solaris

&

Dimanche 18 novembre de 16h à 17h, au stand 149
Pour Transtaïga, premier tome des Villages assoupis (Marchand de feuilles)




samedi 27 octobre 2012

Le Voyage insolite (émission du 22 octobre)


L’ABC du gothique / Emmanuel Régniez

L’ABC du gothique est la première œuvre de fiction publiée par Emmanuel Régniez, qui avait auparavant fait paraître Sakura, un projet photographique. Ce livre publié au Quartanier avait tout pour m’intriguer, puisqu’il se présente comme une sorte d’hommage au roman gothique. Et il est incontestable qu’Emmanuel Régniez connaît à fond le genre, disséminant de nombreuses références sur ces romans au gré des pages.

L’ABC du gothique n’est pas un roman à proprement parler. Il s’agit plutôt d’une forme de "collage", autour des fiches léguées au narrateur par son meilleur ami, Simon Melmoth. Simon Melmoth (dont ce n’est évidemment pas le vrai nom de famille) s’est en effet suicidé avec un fusil de chasse, un jour de juillet, en léguant un abécédaire à son meilleur ami. Cet abécédaire, c’est bien entendu L’ABC du gothique, auquel nous aurons accès. Entre les citations gothiques et les définitions du genre, classées par ordre alphabétique, nous découvrons aussi les réflexions du narrateur, dispersées entre les fiches. De courts chapitres, qui traitent de sa relation avec Simon, sont aussi intercalés dans l’abécédaire, de même que de brefs textes en prose, qui s’intitulent « Fantaisies... ». Comme vous pouvez le constater, le travail sur la forme est ici complexe, ce qui donne comme résultat une œuvre construite par fragments, que le lecteur doit reconstituer.

Cependant, les amateurs de récits plus narratifs pourraient être déçus par l’aspect « collage » de L’ABC du gothique. En effet, par sa forme inusitée, ce livre peut autant séduire que rebuter, selon qui l’aborde. Je me suis d’ailleurs interrogée sur l’intérêt que l’abécédaire pourrait susciter chez un lecteur qui ne s'intéresse pas du tout au genre gothique (ou qui ne serait aucunement curieux de le découvrir). Toutefois, pour une amatrice de romans gothiques comme je le suis, L’ABC du gothique fut agréable à lire, truffé de références qui me rappelaient mes meilleures lectures dans le genre. Car l’intertextualité prend une place importante dans ce livre, qui ne présente malheureusement pas ses sources de façon évidente. Même si je confesse que les notes de bas de page auraient un peu nui à la lecture, il aurait été intéressant et facile de regrouper les sources à la fin du livre, en leur donnant le numéro des fiches. Car, en l’état, le lecteur séduit par un extrait n’a aucun moyen de retrouver le roman dont il est issu. Cela dit, L’ABC du gothique saura certainement plaire aux amateurs de curiosités gothiques, qui aurait envie de plonger dans un projet original, qui ne ressemble à rien d’autre. Avis aux fervents de ruines et de souterrains hantés !



mardi 23 octobre 2012

Festin funèbre


Tel que promis, voici l'invitation officielle à la "rencontre d'Halloween" :


                     Festin funèbre: une invitation pour l'Halloween


À l’occasion de l’Halloween, la Société des écrivains de la Mauricie vous convie à une « rencontre d’outre-tombe » gratuite en compagnie de Frédérick Durand et d’Ariane Gélinas, romanciers de Trois-Rivières. Au menu de ce festin funèbre : lectures horrifiantes accompagnées de musique, entrevue sur la peur et le fantastique au Québec et en contrées mauriciennes, vente de livres et séance de signature.

Un rendez-vous qui vous fera frissonner d’effroi! À ne pas manquer!

Date :                                    Mercredi 31 octobre
Heure :                                  de 12 h à 13 h
Endroit :                                Foyer de la salle Anaïs-Allard-Rousseau
Autres informations :            Les participants sont invités à apporter leur goûter.

Café sur place (gracieusement offert par le Café Morgane)

Ouvert à tous!


Pour visualiser l'événement sur Facebook.


jeudi 18 octobre 2012

Babillard d'octobre


- Avec la venue prochaine de l'Halloween, Frédérick et moi aurons l'occasion de vous faire frémir dans le cadre d'une lecture d'épouvante suivie d'une entrevue, qui se tiendra le 31 octobre dans le hall de la salle Anaïs-Rousseau (centre-ville de Trois-Rivières) de 12h à 13h. Nos derniers livres seront aussi en vente sur place. Il s'agit d'un événement organisé par la Société des écrivains de la Mauricie. Autres précisions à venir ! (à droite : illustration halloweenesque de la talentueuse Sybiline)

- Le festival Québec en toutes lettres, auquel je ne peux hélas assister cette année, bat son plein jusqu'au 21 octobre. En plus de la programmation, fort intéressante, ce fut aussi l'occasion pour plusieurs revues que j'affectionne (Solaris, L'écrit primal, Nuit blanche) de rendre hommage à Isaac Asimov. Ne manquez pas leur numéro sur le sujet ! Aussi, Zone d'écriture leur emboîte le pas en mettant la science-fiction à l'honneur ce mois-ci, en plus de proposer un défi lié au genre. Ça se passe ici.

- Toujours du côté des périodiques, Brins d'éternité lançait vendredi dernier son numéro 33 (si vous avez manqué le sommaire parce que vous étiez dans un shack près de l'océan, c'est par là). J'ai constaté aussi, non sans émotion, qu'il s'agit du 15e numéro auquel je collabore, le temps passant rapidement... Souhaitez-moi 15 autres numéros (ou davantage!) à travailler avec cette belle équipe, au sein d'une revue qui ne cesse de vouloir s'améliorer !

- Mise à jour de la section : Dossier de presse

- Pas encore inscrit à Boréal ? N'hésitez pas à le faire, pour profiter du tarif complet à l'avance. Bulletin d'inscription à cet endroit.

- Et pour célébrer l'Halloween, l'une de nos mascottes descendue de son perchoir :



mardi 9 octobre 2012

Le Voyage insolite (émission du 8 octobre)


La fille de l’archer / Serge Brussolo


La fille de l’archer, de Serge Brussolo, vient de paraître aux éditions Fleuve noir. Comme je suis fan de cet auteur, c’est donc avec plaisir que j’ai entrepris la lecture de ce livre, malgré sa couverture peu avenante. J’avais aussi beaucoup d’attentes envers le cadre historique choisi par l’auteur, soit l’époque médiévale (plus précisément la Guerre des Cent ans) dont il traite avec brio dans deux de ses précédents ouvrages : Le château des poisons et L’armure de vengeance. Toutefois, La fille de l’archer m’a paru moins bien ficelé que les deux livres que je viens de mentionner, entre autres à cause de son rythme et de son manque de suspense. Mais commençons par résumer l’histoire de ce roman, un peu plus conventionnelle que celles auxquelles l’auteur nous a habitués.

Wallah, âgée de 15 ans, est membre d’une troupe de forains depuis toujours. C’est son père, Gunar, qui l’a amené auprès des saltimbanques. Avant, il habitait plus au Nord, avec les Vikings, dont il connaît bien la culture. Mais quelqu’un (ou quelque chose) s’acharne à le poursuivre depuis des années. Il a donc veillé à mettre sa fille à l’abri du danger. Cependant, la mort rôde, emportant Gunar prématurément. Sur son lit de mort, il lègue son arc et ses talents d’archer à sa fille unique, qui montrera très tôt des prédispositions pour le maniement de l’arc. Jusqu’à ce qu’elle rencontre une étrange femme, dans la forêt, qui lui offrira un grand pouvoir... Pouvoir qui lui sera des plus utiles, surtout qu’une bête rôde dans les environs, repoussante et carnassière...

La première moitié du roman, riche en péripéties, a gardé mon intérêt éveillé. Mais le rythme m’a semblé plus lent dans la deuxième moitié, qui s’étire un peu. Comme à son habitude, Brussolo est imaginatif, mais il m’a paru moins généreux dans ce livre, qui est plus traditionnel dans son propos. Le récit s’écarte aussi rapidement du cœur de l’histoire, le talent surnaturel de Wallah, pour diverger vers des considérations moins intéressantes, comme l’histoire du château dans les montagnes. De plus, la narration est inégale, tantôt alignée sur Wallah (ce qui donne les meilleurs passages) tantôt sur d’autres personnages. Et comme tous les personnages ne sont pas construits avec le même soin (certains sont des « ombres », ou presque, comme Groz-Nez, Mahaut et Mariotte), le procédé laisse songeur. 

Cela dit, Brussolo connaît très bien le cadre médiéval, qu’il dépeint avec beaucoup de précision. Le sens de la narration y est aussi maîtrisé, comme toujours chez cet auteur, malgré quelques longueurs. Et, même si je dois confesser qu’il s’agit du livre de Brussolo qui m’a le moins intéressé depuis longtemps, La fille de l’archer saura certainement plaire aux amateurs de récits médiévaux. D’ailleurs, le roman s’annonce comme le premier tome d’une série. Avis à ceux qui auraient envie d’une incursion fantastique dans l’époque de la Guerre des Cent ans !

vendredi 5 octobre 2012

Le Voyage insolite (émission du 1er octobre)


Le reflet de la glace / Geneviève Drolet

Le reflet de la glace, signé par Geneviève Drolet, est le 55e titre à paraître dans la collection Coups de tête. Le roman se présente sous une couverture un peu fade, moins accrocheuse que les autres de la série. Le titre, cependant, avait tout pour séduire l’amatrice de récits nordiques que je suis. Et les ambiances polaires sont distillées habilement dans ce récit, qui est avant tout une histoire d’amour, comme l’était le précédent roman de l’auteure, Sexe Chronique (que j’avais aussi commenté à l’émission).

L’histoire est racontée à la première personne par une narratrice un peu excentrique, qui se traitera de folle à de nombreuses reprises. Il faut dire que sa vie n’a pas été facile : elle a perdu ses parents à quinze ans dans un accident de motoneige, avant d’être « adoptée » par sa tante, dont le conjoint entretiendra avec elle une relation malsaine. Sans oublier sa première fois, avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle, alors qu’elle était encore adolescente. Cet homme deviendra par la suite son compagnon, qu’elle affublera du surnom « Amoureux » dans l’ensemble du roman. Près de leur couple gravite aussi « Voisin », qui habite au premier palier de leur duplex, et autour de qui elle élaborera une fantasmatique complexe (et bien décrite). La narratrice en viendra ainsi à s’interroger sur la notion de fidélité, au fur et à mesure que l’histoire progressera, apportant avec elle son lot d’imprévus...

À travers cette trame amoureuse, qui est l’essentiel du roman, nous suivons aussi la narratrice dans sa carrière de mannequin et de comédienne, qui l’amène autour du monde. Même si cet aspect est intéressant, un point m’a un peu dérangée : le personnage principal est décrit comme « la plus belle fille que personne ait jamais vu ». À mon sens, le récit aurait été plus efficace si l’auteure avait été plus modérée dans son choix, évitant de sombrer dans « le complexe de l’Everest » (voir Comment ne pas écrire des histoires, de Yves Meynard). De plus, alors que le style était plutôt maîtrisé dans Sexe Chronique, le précédent roman de l’auteure, les figures de style sont ici parfois forcées, pas toujours heureuses. En voici quelques exemples : « La culpabilité naît en moi comme un nourrisson braillard qu’on ne peut ignorer », « Je l’ai enroulé dans les draps pour qu’il ressemble à une momie ou à un nouveau-né mongol », « mes seins comme deux pointeurs lasers », « sa main, une caverne sur les miennes », etc. Cela dit, quelques figures de style réussissent leur effet, malgré leur profusion, l’auteure possédant un vocabulaire recherché et d'une grande précision. Mais, à titre de comparaison, l’écriture de Sexe Chronique, plus subtile et poétique, réussissait davantage à émouvoir. 

Néanmoins, l’histoire de Le reflet de la glace demeure touchante et saura plaire aux amateurs de récits romantiques et érotiques. Une jeune auteure à suivre, en définitive !


dimanche 30 septembre 2012

Boréal 2013 - 1er communiqué


-- Communiqué pour diffusion immédiate --


Boréal 2013
1er communiqué

Les 3, 4 et 5 mai 2013, à l’Hôtel Espresso & Centre de Conférence, Montréal


Invité d’honneur québécois :
Éric Gauthier
Prix Jacques-Brossard 2012
Prix Aurora/Boréal 2012 du « Meilleur roman »


Auteurs invités
Sylvie Bérard
Edouard H. Bond
Patrick Brisebois
Joël Champetier
Frédérick Durand
Karoline Georges
Laurent McAllister
Jonathan Reynolds
Daniel Sernine
Élisabeth Vonarburg
et plusieurs autres… surveillez nos prochains communiqués !



Depuis 1979, le congrès Boréal accueille les amateurs, les connaisseurs et les créateurs du fantastique, de la fantasy et de la science-fiction. À cette occasion, le public est invité à rencontrer des auteurs tant professionnels que de la relève, de même que des éditeurs et des directeurs littéraires passionnés par les genres de l’imaginaire.


Les discussions se feront cette année autour du thème Mémoires vives : passerelles en terres étrangères

Le congrès Boréal fête cette année sa trentième édition. Cette édition anniversaire vise à célébrer les littératures de l’imaginaire, plus vivantes que jamais. Tout en rendant hommage aux piliers de la science-fiction et du fantastique québécois (Élisabeth Vonarburg, Daniel Sernine...), l’événement sera aussi tourné vers le présent et l’avenir, en s’attardant aux courants émergents (telle la fantasy urbaine pratiquée par Éric Gauthier) et aux nouveaux auteurs. Mais pour mieux comprendre le présent et anticiper l’avenir, il est parfois essentiel de se tourner vers le passé. C’est pourquoi la thématique de cette année mettra à l’honneur la mémoire, sujet qui a inspiré de nombreux auteurs des littératures de l’imaginaire québécois. Pour ce faire, plusieurs tables rondes s’intéresseront à ce thème, en abordant l’histoire et ses conséquences possibles, l’uchronie, l’amnésie, les villes disparues... Les littératures de l’imaginaire des siècles passés, tout comme la production actuelle, ne seront pas en reste, de même que les communications de chercheurs littéraires qui s’intéressent à ces problématiques. Entre partage de souvenirs sur la fondation de la SFFQ et projections vers les possibles, le congrès cherchera à bâtir un pont, plus que jamais solide, entre le passé et l’avenir des littératures de l’imaginaire, particulièrement dynamiques en ce 21e siècle. Il nous apparaît donc essentiel de s’attarder sur ces littératures, véritables « mémoires vives », qui illustrent avec un impact certain la devise bien connue « Je me souviens ».


Au programme :

Tables rondes – Rencontres et discussions – Concours d’écriture sur place – Lectures publiques – Salle d’exposition – Bandes-annonces de films – Vente de livres – Séances de signatures – Colloque étudiant – Mascarade


Pour s’inscrire :

20$ - tarif étudiant en tout temps (preuve nécessaire)
25$ - tarif complet à l'avance (jusqu'au 20 mars)
30$ - tarif complet à l'avance (jusqu'au 30 avril)
35$ - tarif complet à la porte
10$ - vendredi sur place
20$ - samedi sur place
15$ - dimanche sur place
50$ - inscription de soutien


Pour s'inscrire par la poste, il suffit de poster un chèque ou un mandat-poste à l’ordre de SFSF Boréal Inc. d'ici le 20 mars (pour le tarif à 25 $) ou d'ici le 30 avril (pour le tarif à 30 $) à l’adresse suivante.


Adresse d’envoi :
Congrès Boréal
2902-A Masson
Montréal (Québec)
H1Y 1X2

 
Emplacement du congrès :
Hôtel Espresso & Centre de Conférence
1005, rue Guy (près de l’intersection des rues Guy et René-Lévesque)
Montréal, QC, H3H 2K4

Par le métro : stations Lucien-L’Allier et Guy-Concordia


Site Web du congrès : http://www.congresboreal.ca


Pour plus de détails (sur le déroulement du congrès, la location d’une table de vente, l’hébergement, etc.), n’hésitez pas à nous contacter à congresboreal2013@gmail.com


– 30 –

mercredi 26 septembre 2012

Le Voyage insolite (émission du 24 septembre)


L’Inaveu / Richard Ste-Marie


L’Inaveu, qui vient de paraître aux éditions Alire, est le second roman de Richard Ste-Marie. Le premier, Un ménage rouge, avait été publié en 2008 chez Stanké. Entretemps, Ste-Marie a mérité le prix Alibis 2010 pour sa nouvelle « Monsieur Hämmerli », très réussie, d’ailleurs. J’avais donc hâte de me plonger dans ce roman, finaliste du prix Saint-Pacôme 2012.

Le roman s’article autour de Francis Pagliaro, inspecteur de la Sûreté du Québec. Policier atypique, Pagliaro est à des lieux du cliché de l’inspecteur aigre et blasé : il étudie la philosophie à l’Université de Montréal, est heureux dans son mariage et est d’une moralité exemplaire. Mais sa quiétude sera troublée par l’arrivée de Régis Duchesne, un enseignant au cégep, qui croit avoir découvert des irrégularités dans les comptes de son père. En effet, pendant qu’il faisait le ménage dans ses effets personnels, à la mort de ce dernier, il a découvert deux étranges cahiers : l’un avec des transactions cryptées, l’autre avec des coupures de journaux. De plus en plus obnubilé par ces cahiers, qui semblent révéler une face cachée de son père, un homme secret, Duchesne va rencontrer Pagliaro pour lui faire part de ses doutes. Mais ces documents qui, à première vue, semblaient anodins, s’avéreront de plus en plus probants, à mesure que les deux hommes tentent d’en comprendre le contenu. Les cahiers les guideront ainsi sur la piste d’une vieille enquête, soit celle de « la petite disparue du Vendredi Saint »...

Autour de ce point de départ original, Sainte-Marie livre un récit étonnant, aux nombreux rebondissements. L’écriture, précise mais discrète, sert parfaitement le propos de ce livre, qui maintient le suspense du début à la fin. D’ailleurs, la finale, bien menée, est l’une des réussites de L’Inaveu. Une mention également pour la bonne idée d’inclure le journal du père de Régis au milieu du livre. Même si le journal aurait gagné à être plus long (d'une vingtaine de pages, peut-être, sa finale étant abrupte), ce procédé ajoute un niveau de lecture non négligeable au roman. En fait, l’un des plaisirs de ce livre est que tout semble soigneusement réfléchi par l’auteur, planifié avec soin et générosité. Dans cette optique, les personnages sont aussi bien développés, surtout Pagliaro, l’inspecteur et étudiant en philosophie, l’auteur ne manquant pas de disperser des références philosophiques – sans tomber dans le piège de l’hermétisme – dans l’ensemble de son livre.

Bref, vous aurez compris que j’ai eu un coup de cœur pour L’Inaveu, qui m’a donné envie de me procurer le précédent roman de Ste-Marie et de lire ses romans à venir ! Donc, si vous avez envie d’un polar québécois solide, je vous recommande chaudement ce livre, qui ne vous décevra pas !



Suite rouge / François Boulay


Publié en 2011 aux éditions SW Télémaque, Suite rouge vient d’être réédité dans la collection Folio policier de Gallimard. C’est le sixième roman de François Boulay, auteur touche-à-tout, également dessinateur, peintre et ancien chirurgien-dentiste. Pour ma part, comme je ne connaissais pas Boulay, j’ai d’abord été séduite par la couverture, inquiétante, avec ses tons de rouge foncés, ainsi que par le décor du roman : la Croix-du-Veilleur, un coin de campagne isolé dans lequel se retire José avec sa famille reconstituée.

Mais que va faire cet homme dans la quarantaine à cet endroit ? Il faut dire que José a un passé peu enviable. Ancien membre d’une bande de délinquants, il a mis fin à cette période de sa vie en tuant le chef de la bande, Glinka. Pour ce faire, il a utilisé une méthode retorse : il a empoisonné le jeune homme pendant qu’il était au volant de sa voiture. José n’a donc pas été inculpé, même, si vingt ans plus tard, il est encore hanté par le geste qu’il a posé. Heureusement, ses deux filles, Rachel et Lise, ainsi que Maria, sa nouvelle compagne, sont des sources de réconfort. Même si la présence de Maria, qui fréquentait Glinka au secondaire, lui rappelle constamment son passé. D’ailleurs, José n’est pas sans se demander pourquoi elle a ressurgi dans sa vie à l’enterrement de sa femme ni pourquoi elle a souhaité emménager avec lui à la Croix-du-Veilleur. Mais il ne tardera pas à comprendre que l’endroit est directement lié à son passé, par des indices de plus en plus évidents, qui commencent par un oiseau mort retrouvé dans la piscine...

De facture somme toute classique, ce roman noir se lit bien, réussissant à communiquer une certaine angoisse au lecteur, notamment par les doutes du personnage principal, qui craint pour sa santé mentale. Toutefois, le récit est relativement prévisible, surtout sa finale, qui m’a semblé un peu improvisée. L’ensemble du livre est d’ailleurs en demi-teintes, ne plongeant que modérément dans l’horreur. Pour ma part, j’aurais apprécié plus d’audace et de folie. Dans le cas présent, nous retrouvons quelques bonnes idées, disséminées parmi du déjà vu (le chat mort éventré sur le pas de la porte, par exemple). De plus, le style ne m’a pas convaincue : plutôt impersonnel, il est truffé de métaphores faciles et/ou douteuses, dont voici un exemple : « Je voyais ses globes oculaires rouler sous ses paupières, deux boules inquiètes, perdues, cherchant une issue. » (p. 170). Néanmoins, les personnages de Suite rouge sont attachants, particulièrement Lise, la petite fille chétive et somnambule qui sort la nuit venue, en saignant du nez, et on se surprend à avoir envie de les connaître davantage, de les accompagner jusqu’au dénouement.

Donc, si vous aimez les romans noirs de facture classique, qui mettent en scène des histoires de vengeance, Suite rouge pourrait vous plaire. Avis aux amateurs du genre !


mercredi 19 septembre 2012

Babillard de septembre


- L'émission "Le Voyage insolite" est de retour en ondes depuis le 10 septembre. Pour ma part, je serai à l'antenne dès l'émission de lundi prochain, où je commenterai l'excellent L'Inaveu de Richard Sainte-Marie (j'y reviendrai dans un prochain billet) et Suite rouge, de François Boulay.

- Il y a longtemps que je souhaitais travailler dans le domaine de la création, à l'université. C'est maintenant chose faite, puisque j'ai été engagée comme assistante pour le cours "atelier de création", cet automne. Voilà qui augure bien pour la suite de mes études !

- Je vous parlais de l'anthologie Exodes le mois dernier... Eh bien, je peux maintenant vous annoncer que l'édition limitée du livre (en prévente pour quelques jours encore, ne tardez pas à vous en procurer une copie!) contiendra ma micronouvelle "Lueurs froides". Il va sans dire que je suis ravie de contribuer à cette anthologie qui s'annonce mémorable. Au sommaire : Daniel Sernine, Luc Dagenais, Nicolas Handfield, Geneviève Blouin, Martin Mercure et Richard Tremblay !

- À propos d'horreur, Frédérick et moi prendrons part à un événement horrifique à l'Halloween, sur lequel j'en dirai davantage dès que je pourrai !

- Un peu dans le même thème, les éditions Sombres Rets recherchent présentement des textes pour leur anthologie "Le monde de la nuit", détails ici.

- Et, cette fois dans le domaine du polar, voici la couverture du prochain Clair/obscur, un "spécial police", avec, au sommaire, ma coécriture avec Carmélie Jacob (dont j'ai déjà parlé ici), des textes de Mathieu Fortin, Gregor Gordon et Richard Sainte-Marie (dont je parlais justement un peu plus tôt). Bien hâte de lire ce numéro !



jeudi 13 septembre 2012

Périple à Anticosti


De retour de l'Île d'Anticosti, au terme d'une semaine riche en découvertes et en déplacements. Après avoir emprunté un vélo et regagné mon auberge (L'auberge de Pointe-Ouest, que je vous recommande chaudement), j'ai commencé l'exploration de la partie Ouest d'Anticosti, île tellement vaste qu'il est quasiment impossible de la visiter en moins de quelques semaines. J'ai donc préféré me concentrer sur la partie qui m'intéressait tout particulièrement, avec ses deux villages fantômes...

Quelques images :

La rue historique du Cap-Blanc, à Port-Menier

 Vue de la Baie Ellis, de Port-Menier

Quelques-uns des nombreux cerfs "domestiques" de l'île (ils sont plus de 120 000 !), absolument pas farouches (certains touristes leur donnent des pommes et de la tarte au sucre, donc... Remarquez leur expressions intéressées, notamment celle du faon à droite)

Et quelques mâles, un peu plus timides, qui se tiennent entre eux près d'un hangar abandonné (celui de droite a un panache impressionnant).

Direction Pointe-Ouest, pour gagner l'auberge du même nom, où les maisons du gardien du phare et de son assistant ont été restaurées.

Quelques ruines à côté de l'auberge, dont ce mur, vestige d'une maison importante, datant de l'époque où le village de Baie Saint-Claire existait encore.

L'épave du Calou, visible des fenêtres de l'auberge ! (des centaines de naufrages ont eu lieu autour de l'île). Un peu plus loin, on pouvait aussi apercevoir l'épave du Taïpan.

Près de l'auberge de Pointe-Ouest et de l'ancien site du village fantôme de Baie Saint-Claire se trouvaient aussi quelques cimetières abandonnés (on en dénombrerait une dizaine sur l'île, dont certains ne seraient pas encore découverts).

(celle-ci a quelque chose de malsain, n'est-ce pas ?)


Le site de Baie Saint-Claire et ses deux maisons encore debout qui résistent (péniblement) aux assauts du temps :


La plus "ancienne" des deux demeures, qui n'est pas sans rappeler la maison d'Amityville :


Et la plus "récente" :

Le site de L'Anse-aux-Foins, qui aurait déjà été habité :

Et quelques ruines éparses de l'ancien village de l'Anse-aux-Fraises, qui comptait autrefois environ 120 habitants. À l'arrière, le cimetière, visible de très loin dans l'Anse (5 kms à pied par la grève, à contre-vent... j'avais hâte d'arriver !).

Ce qui reste du château Menier, incendié en 1954 (la tourelle est bien entendu une reconstitution)

Et, pour clore ce survol, l'un des "fameux" couchers de soleil de Pointe-Ouest :

Merci à Danièle Morin et à Gaétan Laprise, tous deux techniciens de la faune, pour leur érudition et leur générosité. Et à tous ceux que j'ai rencontrés au gré de mes déplacements en autobus et en cargo. De retour à Trois-Rivières, après une longue traversée Port-Menier-Rimouski (16h), je ne peux que constater à quel point j'ai aimé mon périple à Anticosti. Et, comme le disent tous ceux qui visitent l'île : je reviendrai ! Il y a encore tant à voir : le parc national et sa chute Vauréal, la grotte Patate et celle des Trois-Plaines, le phare "hanté" de Pointe Sud-Ouest, l'ancien site de la Baie du Renard, où les Terre-neuviens venaient jadis pêcher le homard...

Mais, pour l'instant, le quotidien m'attend, un peu brutal après ce dépaysement. Quoi qu'il en soit, j'espère que vous avez apprécié ce voyage pictural !

Et pour ceux qui auraient envie de se perdre davantage dans les méandres d'Anticosti, un album est à cet endroit : Anticosti - 2012.