dimanche 18 juin 2017

Fin de saison


Avec l'été scolaire qui se profile (le dépôt de ma thèse est le 11 août), je doute que j'aurai beaucoup de temps pour écrire sur Interférences. Mais je tenais à donner quelques nouvelles en cette fin de saison.

À commencer par mentionner une dernière fois la prévente annuelle des Six Brumes, qui se termine dans quatre jours. Vous aimeriez découvrir une maison d'édition dynamique, passionnée par les littératures de genre ? Vous souhaitez que les Six Brumes consolident leur réputation de qualité plus élevée année après année ? Sans oublier d'encourager la République du centaure, devenue un acteur clef dans le milieu SFFQ.
Il y aura bientôt deux ans (déjà) que je travaille pour la revue Le Sabord, emploi lié à un type de publication que j'affectionne particulièrement, devenu en quelque sorte une spécialité personnelle dans le milieu de l'édition : celle des périodiques. Que ce soit comme coordonnatrice, coéditrice ou chroniqueuse, depuis ce printemps, j’œuvre pour quatre publications de ce genre, Brins d'éternité et Le Sabord, bien sûr, mais aussi Les Libraires (ma troisième chronique de l'imaginaire vient de paraître dans le no 101) et à présent Lettres québécoises (la nouvelle mouture vaut vraiment le détour). 

Revenons au Sabord, qui prépare non pas un, mais deux lancements (20 et 22 juin) pour célébrer la parution de son numéro 107 (et la réédition de Nous ne sommes pas seules... d'Hélène Dorion et de Carol Bernier). Tous les détails sont plus bas. J'ai une affection certaine pour le sommaire de ce numéro, qui aborde avec des facettes multiples la thématique de l'Écho par l'entremise de dix auteurs et de six artistes visuels. En plus, nous faisons tirer deux abonnements en ce moment, ça vous tente ?



Je vous souhaite donc un été des plus passionnants !

Et peut-être sortirai-je de mon ermitage de thèse périodiquement, qui sait ?



jeudi 25 mai 2017

Entre lierre et lichen - Les libraires no 99


Depuis longtemps, le mouvement perpétuel me fascine. Du mythique Juif errant aux bateaux fantômes qui dérivent des années durant en haute mer, jusqu’aux corps célestes qui gravitent sans relâche dans l’espace, l’idée du déplacement incessant est séduisante. Et aussi humaine, tellement humaine, comme le rappelle Sylvie Lainé dans son magnifique recueil Fidèle à ton pas balancé : « Nous sommes une espèce vivante, et tout ce qui est vivant avance et marche, et bouge et se transforme. Ce qui ne bouge plus est mort. »

Auteure de nouvelles peu nombreuses (une quarantaine de fictions brèves), mais toujours remarquées, l’écrivaine a rassemblé dans Fidèle à ton pas balancé la quasi-totalité de sa production littéraire. De belle facture, l’ouvrage séparé en sept sections convie à une plongée nécessaire dans l’altérité, « en équilibre vertigineux au bord de la fêlure ». Car les relations affectives, chez Lainé, témoignent souvent d’un accord complexe, protéiforme, à la manière du lierre qui meurt s’il ne peut s’attacher.

Il en résulte une affection indéniable pour l’humain, entremêlée du souhait de comprendre ses faux pas, ses travers. L’égoïsme y prend notamment des proportions cruelles dans « Les yeux d’Elsa ». Charlie Ming, « recruteur » de dauphins améliorés pour les chantiers, s’entiche de l’une de ses prises, Elsa, un cétacé aux yeux sublimes pourvu d’une IA (intelligence artificielle) surdéveloppée pour un mammifère marin. Après l’avoir soignée, Charlie convient avec Elsa de la revoir une fois tous les quinze jours, lors des congés de son amante au chantier. Mais cet arrangement n’honore que l’amour-propre du recruteur, en plus de bafouer la liberté de sa partenaire, faisant de ce partage un acteunilatéral. Et pourtant…

Cette alliance absolue paraît un temps possible à So-Ann, dans la majestueuse nouvelle « L’opéra de Shaya ». La planète sur laquelle s’installe So-Ann doit en effet constamment se réinventer pour survivre. D’emblée, cet environnement semble idéal pour la nomade qu’est So-Ann : « Une planète qui t’accepterait juste pour le partage. Une planète qui pourrait s’adapter sans se renier. » Mais les termes de « l’entente » surprendront la jeune femme, dont l’une des tâches principales est de donner son ADN à la faune et à la flore environnantes, afin qu’elles l’intègrent et se transforment de plus belle. So-Ann rechercherait-elle davantage de stabilité qu’elle le croit, aurait-elle vu en Nico, jeune homme imprégné par le voyageur précédent, une façon de trouver sa cadence propre, son harmonie intérieure? La végétation vibrante de Shaya rappellerait-elle la symbiose du lichen, qui ne peut croître sans la cohabitation, l’immersion jusqu’à la fusion dans l’autre?

C’est du moins ce qu’illustre la superbe nouvelle « Un amour de Sable », dans laquelle des géologues et une biologiste analysent les échantillons de dunes colorées. Sur cette planète à première vue inhabitée, le sable, curieux de l’échange avec les nouveaux venus, possède une conscience singulière. Tandis que les scientifiques évaluent ses composantes et lui permettent, par accident, de découvrir l’ADN humain, la créature sablonneuse se fait la réflexion que « l’immersion dans le partenaire éta[it], en soi, une forme de partage vraiment révolutionnaire ».

Encore une fois, Sylvie Lainé rend compte de la portée de sa science-fiction, qui culmine dans ces vingt-six nouvelles, toutes mémorables. Écrivaine trop rare, l’auteure célèbre le bouleversant équilibre entre la science et l’humain. Fidèle à ton pas balancé consacre cette approche indispensable du genre en une envolée lucide quant à ce que nous sommes réellement, tout en « laiss[ant] glisser, [un temps…], [notre] vieux manteau d’humanité… ».

Ce manteau élimé d’humanité, les protagonistes de Station Eleven le portent sur leurs frêles épaules, dans un monde en reconstruction. Essentiellement auteure de romans policiers, Emily St. John Mandel propose dans son quatrième livre un récit post-apocalyptique narrant simultanément l’éclosion de la grippe géorgienne, qui décime 99 % de la population, ainsi que les efforts des survivants pour s’adapter vingt ans plus tard. À l’instar de Sylvie Lainé, Emily St. John Mandel met au premier plan les relations humaines et le besoin de l’autre. Station Eleven, dont le titre renvoie à une bande dessinée de science-fiction, est par conséquent un roman sans véritable héros, sinon la tendresse d’une communauté au sens large.

Le mouvement incessant est également à l’honneur par le biais de la Symphonie itinérante, un groupe d’acteurs et de musiciens nomades, dont Kirsten fait partie. Kirsten avait 8 ans lorsque la grippe a cloué à jamais les avions au sol et qu’ont agonisé les ultimes éclats des lampadaires. Elle a ainsi connu « le dernier mois de l’époque où il était possible, en appuyant sur les touches d’un téléphone, de parler avec une personne qui se trouvait à l’autre extrémité du globe ». La jeune femme a trouvé auprès de la Symphonie itinérante une famille adoptive, même si le monde de l’An vingt est fréquemment barbare, comme en témoignent les disparitions de membres de la troupe, l’obscurantisme religieux et les tatouages rituels en forme de couteaux qu’arborent les survivants. Mais, en rendant hommage par-delà les décennies à Shakespeare ou en entretenant un musée dans l’aéroport abandonné de Severn City, les habitants de l’An vingt honorent la mémoire des siècles passés. Siècles dont les souvenirs s’amenuisent, comme le lichen s’effrite sous les bottes des marcheurs au long cours.

Le talent d’Emily St. John Mandel, outre son écriture précise et évocatrice, réside dans les touches typiquement humaines qui caractérisent ses personnages, tout en contrastes. De plus, l’auteure cisèle des images inoubliables, tel cet avion en quarantaine à l’aéroport, sarcophage scellé à jamais sur ses passagers emmurés vivants. Les retrouvailles avec l’humanité seront émouvantes ou ne seront pas, à l’instar de cet échange entre les habitants de l’aéroport et un nouvel arrivant :

« — J’étais à l’hôtel. […] J’ai suivi vos empreintes dans la neige.
Des larmes coulaient sur ses joues.
— D’accord, […] mais pourquoi pleurez-vous?
— Je croyais être le seul survivant. »

Nul doute, la phrase peinte sur la caravane de tête de la Symphonie itinérante est plus que prophétique. Et l’humain, comme le lierre, peut s’attacher à comprendre l’altérité.

Parce que survivre ne suffit pas.

 

jeudi 18 mai 2017

Anniversaire atlantique

Il n'est pas fréquent que je traite de sujets personnels ici; je ferai exception aujourd'hui. Ce jour est en effet particulier : c'est la première fois depuis huit ans, étant donné les Imaginales, que je ne suis pas auprès de Frédérick pour célébrer son anniversaire. Anniversaire qui mérite d'être souligné, car le quotidien est une fête en compagnie de mon complice. Merci d'être tel que tu es Frédérick !

Frédérick dont la fête avoisine d'ailleurs celles de nos vieux fils félins (pour nous, ils sont littéralement comme des enfants), qui célébreront bientôt leur âge honorable de 14 et 15 ans. 

Mémorable anniversaire, Frédérick, Éden (sur la photo avec Frédérick) et Crapule !

 


jeudi 11 mai 2017

Presque juin (déjà)


Ma dernière mise à jour datait de l'équinoxe du printemps (pile en même temps que le Salon du livre de Trois-Rivières)... Printemps à présent pratiquement révolu, mais qui promet encore des surprises emballantes, comme la prévente 2017 des Six Brumes. Quatre parutions + la République du centaure, cette année, et pas n'importe lesquelles ! La ruche, de Michèle Laframboise, roman de science-fiction érotique dont je suis en train d'effectuer la direction littéraire, Horrificorama, collectif conçu pour les amateurs d'horreur, qui rassemble 15 auteurs aguerris du genre, et Vivre (gagnant du concours "Sors de ta bulle"). Le quatrième, mais non le moindre : Écrire et publier au Québec : les littératures de l'imaginaire, guide à six mains (Geneviève Blouin, Isabelle Lauzon et Carl Rocheleau) qui s'annonce incontournable pour les aspirants et aficionados du genre, à l'instar du Petit guide de la science-fiction au Québec (Jean-Louis Trudel) qui, lui, fut disponible en primeur au Congrès Boréal.


Congrès Boréal dont je reviens ravie, avec ses traditionnelles discussions amicales et professionnelles, ses tables rondes, sans oublier une fin émouvante. Il y a plus de dix ans que j'ai participé pour la première fois à l'événement (je crois que c'était en 2004). Déjà... Démie Lecompte était l'une des photographes attitrées cette année, alors si vous êtes curieux, plusieurs images se trouvent ici, et d'autres sont à venir. Une nouveauté cette année : quelques-unes des tables rondes/événements ont été filmé(e)s en direct. Belle initiative pour les absents ou pour ceux qui se trouvaient au panel d'à côté. Rendez-vous l'an prochain à Montréal !


À propos de rendez-vous de ce genre, Les Imaginales se dérouleront (déjà) dans une semaine. J'ai l'honneur d'y être invitée pour la première fois, en compagnie des collègues auteurs et amis Éric Gauthier et Jonathan Reynolds. En plus de marcher longuement dans Épinal (vous me connaissez), ville qui me semble fort charmante, je serai bien entendu en séances de dédicaces, mais aussi présente à trois panels. Dire que ma valise n'est pas encore complètement défaite du Danemark, où je suis allée à la mi-avril avec mon amie voyageuse Andrée-Anne. Un voyage de dix jours inoubliable en terres de contrastes, décidé de manière un peu impromptue, afin de souligner l'avancement de ma thèse (dont le dépôt initial est prévu en août, enfin). 


Thèse qui a significativement ralenti mon rythme d'écriture, à commencer par le retravail sur le roman en chantier, Quelques battements d'ailes avant la nuit. Tant bien que mal, je suis parvenue à écrire deux nouvelles au cours des six derniers mois, "Takwakin", qui figure au sommaire de Solaris no 202, et "Les météores saignent", qui sera pour sa part publiée en juin chez Belfond, dans l'enthousiasmant Crimes au musée, puis ensuite chez Druide en septembre (coédition France-Québec). Ai-je dit que j'en étais très contente ?
J'ai aussi la satisfaction de m'être impliquée dans différents projets qui mettent notamment la relève à l'honneur, par exemple le Prix littéraire Clément-Marchand, qui sera remis le 25 mai prochain, à la librairie Perro (Shawinigan). Et, encore et toujours, les revues, format que j'affectionne tant. Nouveauté à signaler du côté de Brins d'éternité, qui a fait paraître son 47e numéro à Boréal (on vous prépare d'ailleurs des surprises pour le no 50!), du Sabord aussi, dont le numéro 106/Crépuscule est en kiosque depuis fin-mars (et dont les lancements du #107 auront lieu les 20 et 22 juin - j'en reparlerai), des Libraires, bien sûr (avec son centième numéro anniversaire - ne vous surprenez pas de ne pas y trouver la chronique "Littératures de l'imaginaire", qui revient à tous les deux numéros)... J'ai également commencé à travailler pour un quatrième périodique, dont je reparlerai au courant du mois de mai (mystère, mystère).

Voilà qui referme le panorama, je crois. Belle fin de presque-printemps !

mercredi 22 mars 2017

Jour 0 : Salon du livre de Trois-Rivières



 
À partir d'aujourd'hui (et pour les 4 prochains jours), je bloguerai comme auteure en résidence ici :


Je serai également sur place presque en permanence au SLTR, pour rencontres, activités et dédicaces. Il va sans dire que je suis fébrile! Et que je suis particulièrement honorée que, cette année, ce rôle me soit confié.

Vivement de vous revoir/rencontrer dès demain!



Jeudi 23 mars

17h00 - Espace Radio-Canada
Ouverture officielle du 29e Salon du livre de Trois-Rivières
Remise des Prix Illustration Jeunesse et lecture du premier texte de l’écrivaine en résidence, Ariane Gélinas. Animée par Martin Francoeur, musique et images de Dany Janvier.

18h00 à 19h00 Les murmurantes, Six Brumes (#32)
19h00 à 20h00 Les cendres de Sedna, Alire (#61)

Vendredi 24 mars

11h à 12h Poste restante, Éditions d'art le Sabord (#34)
13h30 à 14h30 Les cendres de Sedna, Alire (#61)
15h00 à 17h00 Les murmurantes, Six Brumes (#32)

17h00 - Bar l'Hexagone de l'Hôtel Delta
Lancement du nouveau recueil de poésie de Mathieu Croisetière, Peut-être en Chine (Le Sabord), ainsi que du numéro 106 de la revue Le Sabord.  




18h00 à 19h00 Les cendres de Sedna, Alire (#61)

19h15 - Bistro littéraire Télé-Québec
Textes, pages et images : éditer un livre ou une revue 
Table ronde présentée par la Société des écrivains de la Mauricie, réunissant Laurier Côté (ancien rédacteur en chef, revue Gaspésie), Ariane Gélinas (directrice littéraire, revue Le Sabord) et Nancy Godbout (fondatrice, Éditions Le point bleu). Animée par Sébastien Dulude.


Samedi 25 mars

10h00 à 11h00 Les murmurantes, Six Brumes (#32)

12h00 - Bistro littéraire Télé-Québec
Le monde d'images de... Ariane Gélinas
L’écrivaine en résidence présente son roman Les cendres de Sedna (Alire). Entrevue réalisée par Amélie Boivin-Handfield.

13h00 à 14h00 Les cendres de Sedna, Alire (#61)
15h00 à 16h00 Les murmurantes, Six Brumes (#32)

16h00 - Bistro littéraire Télé-Québec
Livres comme l'Air (Amnistie internationale)
Avec Louise Dupré, Ariane Gélinas, Jacques Goldstyn, David Goudreault, Daniel Lavoie, Monia Mazigh, François Morency, Marie-Hélène Poitras, Bernard Pozier et Marie-Léontine Tsibinda. Animé par Guylaine Beaudoin. 

17h00 à 18h00 Poste restante, Éditions d'art le Sabord (#34)

18h45 - Bistro littéraire Télé-Québec
Les murmurantes: six récits fantastiques de la Mauricie
Avec Raphaëlle B. Adam, Michel Châteauneuf, Mathieu Croisetière, Frédérick Durand et François Martin. Animé par Ariane Gélinas, directrice du collectif et écrivaine en résidence. Lecture de son troisième texte. 

19h30 - Espace Radio-Canada

Improésie

Jeu de création littéraire en direct, présenté en collaboration avec Les Écrits des Forges et les Éditions d’Art Le Sabord. Avec les poètes Steve Auger (À demain, Le Sabord), Simon Boulerice (Géolocaliser l’amour, Ta mère), Jean Désy (Poste restante, Le Sabord), Louise Dupré (La main hantée, Le Noroît), Monique Juteau (Tête à poux, Écrits des Forges) et Pauline Michel (Les fées insomniaques, Écrits des Forges). Animé par des membres de la Ligue d’improvisation Mauricienne.


Dimanche 26 mars

10h00 à 11h00 Les murmurantes, Six Brumes (#32)
11h30 à 12h30 Les cendres de Sedna, Alire (#61)
14h00 à 15h00 Poste restante, Éditions d'art le Sabord (#34)
15h00 à 16h00 Les murmurantes, Six Brumes (#32)

16h30 - Espace Radio-Canada
Cérémonie de clôture
Dévoilement des auteurs gagnants du prix des Lecteurs et du prix des Jeunes lecteurs du Salon du livre 2017. Lecture du quatrième texte de l’écrivaine en résidence.

lundi 6 février 2017

Pré-printemps 2017


Ces dernières semaines, je me suis fait la réflexion que les onglets d'Interférences auraient besoin d'une mise à jour discrète. Voilà qui est fait.

L'onglet "Dossier de presse" a ainsi été remplacé par Revues, pour témoigner davantage de mes activités en tant que chroniqueuse et coordonnatrice de périodiques. J'ai également scindé les onglets Romans et Nouvelles pour faciliter la consultation des informations. À propos a aussi été actualisé. Mais la section qui a exigé le plus de temps fut Événements et pour cause : le printemps 2017 sera des plus enthousiasmants ! Au programme, dans un premier temps, l'incontournable lancement conjoint de Brins d'éternité et de Clair/obscur (18 février), suivi de la Foire du livre de Bruxelles (9 au 12 mars), du Salon du livre de Trois-Rivières (23-26 mars) - j'ai d'ailleurs l'honneur d'être l'écrivaine en résidence cette année -, du Salon du livre de Québec (7 au 9 avril), d'une entrevue sur Les murmurantes dans le cadre de la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur (21 avril)... Finalement, en mai se dérouleront le Congrès Boréal (5-7 mai) et les Imaginales d'Épinal (18 au 21 mai). Comme quoi, cette section avait bel et bien besoin d'une actualisation !

En attendant la première salve d'événements, quelques images apaisantes d'un voyage ferroviaire récent à Senneterre... Photos qui témoignent, je pense, de ce pré-printemps qui est le nôtre en ce moment.








vendredi 13 janvier 2017

Périls en la demeure - Les libraires no 97


En ce matin d’automne, le brouillard pèse sur les toitures des maisons de ma rue. Rue qui est bien entendu une impasse, passage fantastique s’il en est un. Martine Desjardins, qui nous avait offert en 2009 le sublime Maleficium, l’a compris dans son nouvel opus. La résidence mise à l’honneur dans La chambre verte (elle est littéralement la narratrice du roman) n’a rien du lieu réconfortant où s’accumulent les souvenirs heureux. Au contraire, cette demeure détériorée qui se rapproche de l’inquiétante étrangeté « n’a d’autre âme que celle de ses occupants ». Et ceux-ci, les Delorme, ont poussé la cupidité à son expression la plus extrême. Leur refuge, sans surprise construit dans un « labyrinthe d’impasses, de ronds-points et de croissants », devient ainsi un temple à la déité Finance.

Le drame débute avec la Pièce Mère, « gagnée » par l’aïeul Prosper Delorme dont le nom, comme celui de tous les protagonistes, fait référence à l’argent. Enfant, il soutire (en échange d’indications routières) de la monnaie à un médecin en visite. À partir de cet instant, la fortune de Prosper s’agrandit, le jeune garçon conservant la Pièce jalousement. Au fur et à mesure que ses richesses s’accroissent (presque jamais entamées par Prosper), son culte pécuniaire compte de nouveaux adeptes. Les descendants de Prosper prendront part à une véritable religion consacrée à la reine qui orne les billets verts. Les « fidèles » iront jusqu’à contrefaire le « Notre Père » pour l’adapter à leurs croyances capitalistes : « Notre Dollar qui êtes précieux / Que votre fonds soit crédité / Que votre épargne arrive »… et ainsi de suite!

Le fils aîné de Prosper, Louis-Dollard, nourrira le culte familial dans la « Chambre verte », pièce coffre-fort où s’amoncellent les billets de ce vert chromatiquement opposé à la couleur du sang. Pendant ce temps, la maison veille, contrariée par son manque d’entretien, auquel contribue significativement Estelle, femme de Louis-Dollard, la plus dévouée aux rites avaricieux (elle suce une pièce de monnaie en guise de collation et cuisine des poudings avec les miettes ramassées sous le grille-pain). Heureusement, le fils d’Estelle et de Louis-Dollard, Vincent (baptisé ainsi afin d’orienter la multiplication de ses avoirs), est porteur d’espoir pour la maison-narratrice. Déterminée à l’aider, elle influencera les événements d’une manière qui allie humour noir et gothisme.

Entrer à l’intérieur de La chambre verte, c’est se frayer un passage dans l’univers minutieusement bâti par Martine Desjardins. Très soigné, ce livre est soutenu par un style ciselé, teinté de poésie et d’une verve humoristique. L’auteure réunit des personnages atypiques et fascinants, dont l’obsession financière a fissuré l’esprit : Morula, par exemple, qui consomme à outrance les fioles d’essence de vanille, ou sa sœur Blastula, obnubilée par les germes (elle plonge pourtant sa main – en quête de sale argent – dans les bassines où les gens font des vœux). Sans oublier l’intrigante Penny Sterling et la maison-narratrice qui s’uniront pour orchestrer la ruine de cette « banque privée » aux fondations chancelantes.

Les ruines, motif gothique s’il en est, sont au cœur de Ce qui reste de démons, de Daniel Sernine. L’écrivain, qui a publié quarante livres et plus de cinquante nouvelles fantastiques, est une figure emblématique de l’imaginaire québécois. En 2014, le recueil Petits démons est paru chez Les Six brumes dans la collection « Brumes de légendes », consacrée aux rééditions de classiques du genre. L’auteur et l’éditeur renouvellent cette initiative enthousiasmante avec Ce qui reste de démons, qui s’inscrit dans la continuité du recueil précédent. Le lecteur est de nouveau convié – par l’entremise de quatre longues nouvelles – à visiter Granverger, contrée fictive où les incarnations malveillantes abondent. À l’instar de La chambre verte, les pratiques rituelles ne sont jamais loin. Et les partisans du culte doivent fatalement payer un tribut.

Récit placé en ouverture du recueil, « Le sorcier d’Aïtétivché » le montre avec éloquence. Il y a plus de quatre siècles, des enfants disparus de Granverger ont été offerts en sacrifice à Manitaba, « l’une des trois Puissances du Mal, qui dorment sous terre, dans les abîmes de la mer, et au-delà des nuages ». Le seigneur Davard, uni aux Indiens de l’endroit, a contribué à cette cérémonie sanguinaire. Sernine la décrit avec précision grâce à la plume ciselée qui est la sienne, à l’instar de celle de Desjardins.

« Les ruines de Tirnewidd », seconde novella (terme qui désigne une longue nouvelle), s’inscrit plus directement dans le gothisme. Philippe Bertin et son fils Ludovic visitent des vestiges irlandais intouchés en apparence depuis des siècles (des Irlandais auraient naguère immigré dans la ville fictive de Chandeleur, au confluent de la Kénistchouane, affluent également inventé par Sernine). Les descriptions de la cité délabrée, vertigineuses, s’avèrent saisissantes. L’envie est forte d’emboîter le pas aux Bertin jusqu’à cette crypte où gisent les Irlandais…

Les deux dernières novellas, « L’icône de Kiev » et « Le réveil d’Abaldurth » mettent de l’avant des cultes cruels, pour ne pas dire démoniaques. L’icône possède le funeste pouvoir de sauver la vie… doublée d’un mauvais sort. Quant à Abaldurth, il guette son avènement, tel Manitaba dans la nouvelle d’ouverture. Ce à quoi veillent ses adorateurs, dans l’ombre du repaire de Maledome le bien nommé. Cette demeure détient des facultés similaires à celle de La chambre verte, en plus méphistophélique : «  Maintenant qu’ils se trouvaient dans le manoir, ils sentaient nettement une présence. Comme si Maledome était une entité malveillante, quelque dieu redoutable changé en maison. »

Ce qui reste de démons illustre le talent de conteur de Sernine. Dans sa façon de convoquer les êtres diaboliques qui se terrent dans les manoirs gothiques, l’auteur accorde une grande place à la création d’atmosphères inquiétantes. Car la vigilance est de mise.

Tiens, le brouillard se lève. Quoique…


-- Cette chronique est parue précédemment dans le numéro 97
de la revue Les libraires
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