mardi 12 novembre 2013

Le Voyage insolite (émission du 11 novembre)


Solaris no 188, automne 2013


Le numéro d’automne 2013 de la revue Solaris vient tout juste de paraître, sous une couverture soignée de Sybiline, qui allie fantasy et atmosphère d’outre-tombe. Ce numéro copieux de 174 pages regroupe 6 nouvelles en plus des chroniques habituelles. Il vient donc célébrer l’automne en grand avec un sommaire qui vaut le détour.

Du côté des fictions, trois textes ont particulièrement retenu mon attention, soit « Vortex » de Dave Côté, « No future (ou l’apocalypse selon Johnny Rotten) » de Anthelme Hauchecorne et « La carte et la boussole » de Philippe-Aubert Côté.

Dave Côté n’est plus à présenter aux habitués de Solaris, familiers avec ses univers inventifs et souvent déjantés. Force est de dire que le jeune auteur continue de consolider ses acquis dans « Vortex », une nouvelle poignante qui met de l’avant, comme trois des textes au sommaire, les relations « père-fille ». Lyra est en effet une jeune femme pourvue d’une caractéristique insolite qui fait d’elle une sorte de portail vers l’ailleurs. Portail dans lequel son père a disparu jadis et qui continue, plusieurs années après, à avoir des répercussions sur son existence... Bref, Dave Côté signe ici une nouvelle prenante, dont il est seulement dommage qu’elle ressemble un peu trop à « En prison », publiée dans Solaris no 177.

Anthelme Hauchecorne propose quant à lui un bref texte humoristique, qui narre l’apocalypse avec cynisme. Une des originalités de cette nouvelle est la personnalité anarchiste du narrateur, le punk Johnny Rotten. L’auteur réussit également dans ce texte amusant à s’éloigner des clichés liés aux zombies en proposant une réécriture rafraichissante du thème. Évidemment, c’est léger, mais vous passerez sans doute vous aussi un bon moment !

Dernier texte qui m’a spécialement plu, « La carte et la boussole » de Philippe-Aubert Côté est sans contredit une nouvelle de science-fiction ambitieuse. À l’instar du texte de Dave Côté, une relation père-fille est au premier plan, cette fois-ci entre Mika, une humaine, et son père adoptif, un Moloch. Ils recueillent à bord de leur vaisseau, le Leponi, une humaine, Tamura, dont la présence fera longuement réfléchir Mika sur ses origines. Jusqu’à ce que certaines révélations viennent jeter un éclairage nouveau sur son identité... Avec « La carte et la boussole », Philippe-Aubert Côté montre une nouvelle fois son sens de la narration, ici par l’entremise d’une histoire touchante. Une mention également pour le style précis de l’auteur, qui fait maintenant partie intégrante du paysage SFFQ !

Comme d’habitude, d’intéressantes chroniques complètent le périodique, soit « Les allumeurs d’étoiles » de Jean-Pierre Laigle, qui recense de manière exhaustive les récits sur le sujet, l’amusant et intrigant « Le grand sommeil du faucon martien, ou qui a tué la science-fiction » de Mario Tessier, à mi-chemin entre la fiction et l’essai, et la chronique Sci-néma de Christian Sauvé, toujours agréable à lire. 
Bref, Solaris nous propose ici un numéro au sommaire riche, que je vous invite à découvrir !
 

Alibis no 48, automne 2013


Le numéro d’automne d’Alibis, revue qui se consacre au polar et à la littérature noire, vient tout juste de paraître. Sous une couverture décevante, la revue propose néanmoins un sommaire d’un très bon calibre.

Yasuko Thanh ouvre le bal avec « Le couteau à cran d’arrêt », texte gagnant du prix Arthur-Ellis 2013 de la nouvelle. Nous y suivons Mose Donato de Luca qui vit ses dernières heures dans le couloir de la mort, après avoir tué un homme. Mais Mose Donato n’est pas un criminel endurci, au contraire : il est de nature sensible et regrette ce qu’il a fait. L’auteure nous raconte donc, avec une plume touchante, ses derniers instants en compagnie du constable Willard, avec qui il entretient une relation amicale, ainsi que des membres de sa famille. Véritable tour de force, cette nouvelle m’a profondément émue, ce qui n’est tout de même pas si fréquent.

Le ton diffère dans « L’injonction » de Hugues Morin, plus humoristique. Les familiers d’Alibis connaissent déjà l’auteur, qui publie son cinquième texte dans la revue. Morin expose ici, dans une ambiance « Procès de Kafka », les déboires de Monsieur Nadeau, arrêté à la suite d'attentats politiques. Il doit alors subir les conséquences de la fameuse injonction, découvrant qu’il est sous surveillance depuis un certain temps... Nul doute, ce texte nous fait passer un bon moment, avec son écriture punchée, qui permet d’ailleurs de savourer davantage le texte de Yasuko Thanh et le suivant, de Camille Bouchard, tous deux assez dramatiques (c’était donc une excellente idée de l’insérer entre les deux).

Dans la longue nouvelle « Parce que, Paulina », Camille Bouchard montre l’étendue de ses talents de narrateur. Le cadre qu’il dépeint, le Mexique des cartels, est réaliste et particulièrement immersif. L’auteur met à l’honneur Juan, un vieillard engagé par Don Alfonso, chef de cartel. Comme Don Alfonso est redevable envers Juan et lui fait confiance plus qu’à qui que ce soit, il lui confie une mission primordiale : protéger ses enfants et ses neveux pendant l’attentat qui se prépare. Loin d’être attendri par sa tâche de « nounou », Juan accepte malgré tout, le contrat auprès des cinq enfants s’avérant plus dramatique et... poignant qu’il le pensait. Au plaisir, donc, de relire une autre incursion sud-américaine de Camille Bouchard !

Des chroniques complètent le sommaire de cette livraison d’Alibis, notamment une intéressante visite de « Partenais » ainsi qu’une entrevue avec Jacques Savoie, dont les polars ont été remarqués. Sans oublier la chronique trimestrielle « Camera Obscura » de Christian Sauvé, de même que de nombreuses critiques de livres. Bref, un numéro qui ne devrait pas vous décevoir !



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